PHILIPPINES
Mindanao
Dans le sud des Philippines, Mindanao, deuxième île de l'archipel par sa superficie (94 630 km2), abritait une population de 13 966 000 habitants en 1990. Montagnes, plateaux et plaines s'organisent en six grandes régions naturelles : cordillère pacifique, dépression de Davao-Agusan, hautes terres centrales, plateau de Bukidnon-Lanao, bassin de Cotabato et péninsule de Zamboanga.
L'économie agricole est fondée sur le riz, le maïs, le coprah et l'abaca (chanvre de Manille). De grandes plantations d'ananas occupent le versant nord du plateau de Bukidnon et le sud de Mindanao. Les fruits sont expédiés vers la grande conserverie moderne de Bugo, sur la côte nord. Les bois en grume sont exportés depuis les provinces de Surigao et d'Agusan vers Luçon ainsi que vers le Japon et les États-Unis. Mindanao possède des gisements de nickel et de cuivre qui ont suscité une industrie des ferro-alliages utilisant l'énergie de la centrale hydroélectrique de Maria Christina.

La province de Mindanao Ouest possède deux gisements de charbon. Avec une densité de 148 habitants au kilomètre carré (1990), Mindanao est un des fronts pionniers des Philippines : peuplement venu des îles de Panay, de Bohol, de Cebu et de Leyte sur la côte nord et le long des nouvelles routes d'accès vers les vallées de l'intérieur ; immigrants plus lointains encore, originaires de la plaine centrale de Luçon. Plusieurs religions sont représentées : Philippins christianisés, Moros musulmans et divers autres groupes religieux. De ce fait, des tensions existent entre les différentes communautés, dont certaines (Moros) revendiquent l'indépendance.
Cette île regroupait plusieurs sultanats qui basaient leur système de production sur la piraterie et les enlèvements. L'épisode de Jolo n'était qu'une manifestation récente d'une habitude séculaire. Les Philippines ont été colonisées par l’Espagne, le Japon, et les USA, pourtant cette partie méridionale a été relativement épargnée des influences étrangères.
Même si suite aux colonisations septentrionales les musulmans sont désormais minoritaires, ils revendiquent une autonomie pour les uns et l'indépendance pour les autres. C'est dans ce climat volatile et suite aux exodes massifs dus aux répressions de 1999 que l'organisation espagnole Accion Contra el Hambre a décidé d'agir et d'accompagner les populations dans l'amélioration de leurs conditions de vie. Des actions de santé (mises en place de pharmacies communautaires), agricoles (relance de l'élevage et des productions vivrières), hydrauliques (captages et forages) ont succédé aux opérations d'urgence qui soutenaient les populations dans leur exode (nourriture, tentes, médicaments…).

Pour pouvoir mieux comprendre ce contexte complexe et mouvant et adapter nos réponses, l'équipe sur place a entamé la mise en place d'un observatoire centré sur la vulnérabilité des populations. Cet outil convivial et participatif regroupe 5 organisations philippines, une université et notre réseau de compétences ALIZES. Il a été testé dans le sud de Madagascar, en Amérique centrale (Guatemala), et en Guinée Conakry.


L'objectif est tout d'abord d'essayer de comprendre pour prévoir ou améliorer des actions, dans un climat hypervolatile comme celui de Mindanao et de Cotabato ce n'est pas toujours simple.
La méthodologie observatoire est la suivante : une première phase pluridisciplinaire et qualitative qui encourage les différents acteurs sur place à collaborer. Cette phase privilégie les stratégies des populations, se focalise sur les personnes les plus vulnérables, étudie les mécanismes de solidarité… Ces différents éléments sont confirmés et mesurés dans une seconde phase quantitative où le budget familial sera détaillé. Des préconisations rapides seront proposées dans une philosophie d'accompagnement des dynamiques endogènes qui renforcent la sécurité alimentaire des populations sur des options durables et qui confortent le lien social.
Ce n'est pas chose aisée en ce moment de tension internationale. Nous sommes sur une zone de conflit entre le monde musulman au sud (l'Indonésie est le premier pays musulman) et le monde chrétien au nord (plus de 80% des Philippins sont chrétiens). Les nombreux attentats (8 sur les 15 jours de ma mission) traduisent une volonté de déstabilisation que l'on peut mettre à l'actif du MNLF ou du MILF (mouvement de libération nationale), au crédit d'Abou Sayaf, mais éventuellement des troupes régulières (il s'agissait de la semaine de vote du budget, l'armée empoche plus de 40 % du budget nationale), éventuellement des forces pro-maoistes, et pourquoi pas encore des troupes américaines (1.500 “conseillers militaires”) qui ne rêvent que de réinvestir leurs anciennes bases. Il est pourtant évident que l'on ne peut avoir d'action durable sans comprendre comment fonctionne la société, quelles stratégies les familles souhaitent mettre en place, et comment encourager une gestion démocratique et équitable des ressources. Le peuple philippin est à 80% en dessous du niveau de pauvreté, ce pays est pourtant relativement riche, le développement passe par une répartition plus équitable des richesses.
Et pourtant la semaine dernière l'armée philippine attaquait en hélicoptère des villages à la mitrailleuse : 175 morts et 30.000 nouveaux déplacés…
Une question,
juste une…Qui
en a entendu
parler ?